Le mardi 17 novembre 2026, à 20h30, la salle de l’ancienne écurie des Hospices, au 3 rue Joseph Lafon, se transforme en lieu de huis clos. Pas de décor, pas de projecteurs : seulement une table dressée dans un appartement ordinaire, où le silence pèse plus que le vin.
La table et la peur
Sept amis célèbrent l’anniversaire de Victor Pélissier. Le fromage sort du caveau, les figues séchées trempent dans de l’eau-de-vie de prune, le pain vient de sortir du four — encore brûlant aux bords. La conversation coule comme une eau claire jusqu’à ce que deux coups de feu résonnent contre les murs. Ce n’est pas la fin du repas : c’est son vrai début.
Le poids des mots
L’adaptation de Julien Sibres d’après Cœur et Jardin de Vahé Katcha ne se joue pas sur une scène : elle s’installe dans les murs du lieu même où l’événement historique a eu lieu. Les acteurs — Angélique Infante, Denis Escadafals, Lorenzo Salvaggio, Claude Hélias et leurs collègues — n’y déclament pas.
Ils y respirent. Chaque silence est une pause entre deux respirations. Chaque mot prononcé à voix basse porte le poids d’un choix impossible.
Le commandant Kaubach ne vient pas avec des bottes cloutées, mais avec un sourire de libraire érudit. Il connaît les livres que Victor lui conseille. Et c’est cette courtoisie-là — douce et froide comme du lait caillé — qui rend le huis clos plus insupportable qu’un fusil pointé.
Le lieu qui se souvient
Ce bâtiment, 3 rue Joseph Lafon — autrefois écurie des Hospices, puis maison d’habitation — a vu passer les pas de gens ordinaires pendant plus d’un siècle. Ses murs ont retenu la chaleur des repas familiaux, le bruit des enfants qui couraient dans l’escalier, et maintenant, ils vont retenir celui-là : un banquet où chaque bouchée est une question.
Ce que la nuit laisse
Il ne s’agit pas seulement de survivre. Ni même de choisir entre amitié et salut.
C’est une question plus simple : quand on a faim — réelle ou morale —, quelles sont les choses qu’on refuse de manger ?
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