QUOI ? Une exposition immersive et poétique sur le monde des insectes, accompagnée d'une guide conférencière, au Muséum d’histoire naturelle de Perpignan.
OÙ ? Muséum d’histoire naturelle, Perpignan
QUAND ? Mardi 18 août 2026
C’est pas une exposition pour les enfants qui veulent toucher tout ce qui brille. C’est une porte ouverte sur un monde qu’on écrase sans savoir qu’il tient le monde.
Le Muséum, ce vieux bâtiment aux murs de galets et aux fenêtres étroites comme des yeux de vieille femme qui observent sans juger, va se remplir d’un silence différent ce soir-là. Pas celui du vide, non. Celui qu’on entend quand on s’arrête enfin de courir — le bruit des pattes sur l’écorce, des ailes qui frémissent sous la lumière douce, des mandibules qui mâchent l’histoire.
On ne vient pas ici pour voir des papillons colorés collés sur du carton. On vient pour comprendre pourquoi ces petites bêtes — celles qu’on écrase au passage, qu’on fuit en criant — sont les seules à avoir survécu aux cataclysmes, aux glaciations, aux empires qui s’effondrent. Elles n’ont pas besoin de temples ni de lois. Elles travaillent. Elles décomposent. Elles fécondent. Elles nourrissent tout ce qu’on mange sans jamais demander rien en retour.
La guide, Céline Rey — celle qui connaît chaque élytre comme on connaît les lignes de sa main — ne parle pas avec des mots d’expo scolaire. Elle dit :
« Regardez cette fourmi. Elle transporte dix fois son poids. Si vous étiez aussi forte, vous porteriez une voiture. »
Puis elle montre un scarabée doré, ancien de l’époque où les pharaons le croyaient divin. Il ne vole pas. Il roule. Il pousse sa boule de bouse comme un soldat pousse son drapeau. Et il n’a jamais demandé à personne s’il était beau.
On sent dans la salle que les enfants, eux, comprennent avant les grands. Ils ne posent pas de questions. Ils observent. Leurs doigts ne touchent pas — ils hésitent. Comme si, pour la première fois, ils avaient peur d’être les plus forts.
Il y a dans cette ville, depuis toujours, un rapport étrange aux insectes. Les anciens les appelaient “les petits ouvriers du sol”. Ils ne les tuaient pas à la hâte. On les déplaçait. On les respectait. Même les mouches, dans les cours de ferme, avaient leur place — elles annonçaient la chaleur, le temps qui passait, le moment où il fallait récolter les figues avant qu’elles ne pourrissent.
Aujourd’hui, on les tue avec des sprays. On les traite comme des ennemis. Mais ici, dans ce musée aux murs d’époque et aux vitrines qui sentent le bois de cèdre et la poussière ancienne, on leur rend un peu de leur dignité.
Il n’y a pas de musique, pas de lumières bleues, pas de jeux vidéo. Juste des objets. Des échantillons. Des loupes. Et ces petites créatures — vivantes ou préservées — qui parlent d’un monde plus ancien que nos routes, plus durable que nos centres commerciaux.
Ce n’est pas une sortie familiale. C’est un moment de silence partagé.
Les parents viennent avec leurs enfants, les yeux rivés sur leur téléphone jusqu’à ce qu’un scarabée émeraude passe sous leur nez — et là, ils lèvent la tête. Pour la première fois depuis longtemps, ils regardent quelque chose qui n’est pas une notification.
La guide dit :
« Les insectes n’ont pas d’ego. Ils ne se demandent jamais s’ils sont importants. Mais sans eux, il n’y aurait plus de fruits. Plus d’herbe. Plus de pain. »
Elle laisse le silence retomber.
Et dans ce silence-là, on entend les souffles des enfants.
On entend aussi ceux des vieux qui viennent se souvenir.
Signe Paul Ferra
💬 Commentaires
Soyez le premier à commenter !
Laisser un commentaire