Ce matin, je me suis réveillé avec le soleil déjà posé sur le rebord de ma fenêtre. Vingt-huit degrés, un chiffre qui, à Perpignan, ne devrait plus rien avoir d’extraordinaire, et pourtant, il y a quelque chose dans cette lumière crue, presque dorée, qui me rappelle que nous sommes encore en été. Le vent est calme, une rareté qui permet d’entendre le murmure lointain de la Têt, là-bas, au loin, ou le cliquetis discret des volets des maisons de la Vieille Ville. C’est une journée de clarté absolue, où l’ombre se fait fine et précise, comme une signature.
Je sais que l’actualité nationale nous assaille souvent de cris et de chiffres, mais ici, dans nos Pyrénées-Orientales, la vérité se mesure autrement. Elle se mesure à la qualité du pain de campagne acheté chez le boulanger du coin, à la fraîcheur du rosé de Roussillon qui attend dans le bac à glace, ou à la manière dont les gens s’arrêtent pour se saluer sur le marché. Je pense à Franck, l’un de vous, qui m’a écrit récemment pour me dire à quel point il aimait ces instants de pause. J’imagine son sourire. C’est exactement cela, Franck : la vie ne se passe pas seulement dans les grandes décisions, elle se niche dans ces micro-instants où l’on sent que l’on appartient à un lieu.
Un village de Cerdagne qui vide ses greniers un dimanche matin en dit plus sur notre identité qu’un rapport de la région. C’est là, dans ces échanges de mains, dans l’odeur de la lavande séchée et du cuir, que je trouve la substance de notre quotidien. La tramontane range le ciel ; elle ne range jamais les idées. Et c’est bien ce que je vous souhaite, aujourd’hui : que vos idées restent en désordre, vivantes, prêtes à s’envoler vers le Cap de Creus ou vers les hauteurs du Canigou.
Ne laissez pas le bruit du monde extérieur effacer le silence précieux de nos garrigues. Prenez le temps de marcher, même si c’est juste jusqu’à la boulangerie. Goûtez la lumière. Écoutez le vent qui, même s’il est discret aujourd’hui, porte toujours en lui la mémoire de la mer. Ici, la mer n’est jamais loin, même quand on ne la voit pas. Elle est dans l’air, dans le sel qui reste sur nos lèvres après un verre de vin, dans cette humilité joyeuse de notre territoire.
Demain, je serai là, avec mes questions et mes silences. Revenez, la lumière sera peut-être différente, mais elle sera toujours à nous.
Paul Ferra
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