Vendredi 18 septembre, la place Saint-Pierre à Prades se transforme. L'odeur du papier frais et celle du café chaud saturent l'air tandis que les étals prennent forme sur les pavés. Ce n'est pas une simple foire aux livres : c'est le moment où les voix féminines locales sortent de leur silence pour occuper l'espace public, loin des icônes figées dans un passé lointain.
Dès 18h, La Libambulle dresse son stand. Cette librairie indépendante connaît par cœur le pouls culturel du département et propose une sélection pointue de revues et de jeux. L'objectif est clair : raconter les femmes du pays à travers la mémoire vivante. Celle qui se transmet par le geste précis d'une grand-mère pétrissant sa pâte ou par un chant catalan murmuré lors d'une fête de village, plutôt que par des discours académiques.
À 19h, l'attention se porte vers la variation, une maison d'édition indépendante installée à Vernet-les-Bains. Fondée par Justine Rabat et Manuel Esposito, elle fait le pont entre la vallée de la Têt et les hauteurs du Canigó. Écouter ces éditeurs parler de leurs choix éditoriaux permet de comprendre que publier une histoire locale n'est pas archiver : c'est faire respirer la matière première du quotidien pradanais.
Les visiteurs s'attardent devant les ouvrages. La ville, habituellement traversée par le flux constant des routes menant vers Cerdagne ou Perpignan, se met un instant en pause pour écouter ses propres histoires. Ce n'est pas une performance touristique ; c'est l'affirmation d'une identité qui refuse de s'évaporer dans l'anonymat urbain.
La soirée se termine doucement. Les dernières discussions autour des étagères laissent place au bruit lointain des cloches du soir résonnant depuis Saint-Pierre. Un son qui rappelle qu'ici, chaque pierre a un nom et chaque histoire une voix.
— Élise Ribes
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