Samedi 19 septembre 2026, à 16h, la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan accueille un trio pour une « passejada » musicale. Fanette Estrade, Vincent Vidalou et Jean-Pierre Baston y promènent les oreilles à travers huit siècles de patrimoine sonore catalan, du Moyen Âge au XXe siècle.
J’ai l’habitude de dire qu’on goûte mieux un village autour d’une table qu’avec un plan dans la main. C’est exactement la même chose ici. Ce concert n’est pas une simple exécution de partitions, c’est une dégustation. J’imagine le son de la chalemie de Fanette comme le croquant d’une poire mûre, vif et juteux, tandis que les hautbois catalans de Vincent apportent cette rondeur, cette texture soyeuse qu’on retrouve dans nos fromages de brebis affinés. Et puis il y a Jean-Pierre, dont l’orgue fait office de fond de bouche puissant, ample, qui ancre tout le reste. C’est un repas complet pour les sens, sans excès mais avec une vraie générosité.
Le programme est un menu à la carte où l’on retrouve les Lamentations de Joan Pau Pujol, ces notes graves et profondes qui rappellent le goût fumé d’un canard confit, jusqu’aux goigs à la Vierge, plus légers, plus aériens, comme une salade de saison bien vinaigrée. On y croise le Llibre Vermell, ce trésor médiéval qui sent le bois de chauffage et la laine, et les œuvres de Boismortier, Guinart ou Molina i Membrives, qui ajoutent une touche de modernité, un peu comme on mettrait une pointe de piment doux sur une recette de grand-mère.
C’est gratuit, ce qui est une belle manière de célébrer les Journées du Patrimoine. Je vous conseille d’arriver un peu avant, de vous asseoir dans les bancs de pierre encore tièdes, et de laisser le silence de la nef s’installer avant que les premières notes ne tombent. C’est un peu comme attendre que le pain sorte du four : il faut laisser le temps au temps pour que les arômes se déploient.
Pour accompagner cette écoute, je pense à un verre de Malvoisie du Roussillon, un peu sucré, qui réchauffera la gorge après les notes plus aigües. Ou, si vous préférez, un simple morceau de fromage de tête, tranché fin avec mon vieux couteau à manche de buis, pour sentir le sel et le poivre dans le nez. La musique, comme le bon vin, se laisse savourer sans hâte.
Signe Irène Codina
💬 Commentaires
Soyez le premier à commenter !
Laisser un commentaire