Oubliez l'image du ballet classique, figé dans sa poussière de marbre. Ici, on ne vient pas pour admirer des pointes de pieds qui claquent poliment. On vient pour être secoué.
Petrouchka, ou le choix d'Holubichka, c’est une tempête en papier. Une réinterprétation électrique de Stravinski par la chorégraphe Émilie Lalande et sa compagnie (1)Promptu. Six danseurs. 55 minutes de pur voltage.
Le décor, c’est une ville en papier aux tons acidulés. Des tons qui piquent les yeux, qui claquent comme un coup de tonnerre sous la tramontane. Trois pantins prennent vie dans ce labyrinthe de plis. Et Holubichka, la poupée centrale, se retrouve face à un dilemme qui sent le bitume et la garrigue à la fois. D’un côté, le Maure : le pouvoir, la consommation, l’apparence lisse et froide. De l’autre, Petrouchka : la nature brute, la poésie, la sensibilité qui fait mal.
C’est un choix binaire, violent, presque tribal.

Dans cette scénographie inventive, on sent que la ville respire autrement. Ce n’est plus la cité des rois de Majorque qui dort. C’est une bête qui se réveille. L’énergie est palpable, dense. On sent la sueur, la tension musculaire sous les costumes. Ce n’est pas un spectacle qu’on regarde depuis son canapé. C’est une expérience qu’on subit, qu’on traverse.
La musique de Stravinski, ici, n’est pas un fond sonore. C’est un mur de son. Un mur qui pousse, qui écrase, qui libère.

Alors, dimanche, laissez vos chaussures confortables au vestiaire. Venez avec vos nerfs à vif. Car Holubichka va choisir. Et ce choix, il va vous rester dans la peau comme une odeur de garrigue après l’orage.
Signe Paul Ferra
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