Quand un platane devient une toile : Vincent Bioulès invite Céret à dessiner le silence

📍 Céret 📅 24/08/2026 Culture
Quand un platane devient une toile : Vincent Bioulès invite Céret à dessiner le silence
En bref
📅 Date 24 août 2026
🕐 Horaires 10:00 - 18:00
💶 Tarif Gratuit
🏘️ Commune Céret

Tu as déjà passé dix minutes à regarder un arbre comme s’il allait te parler ?

Ici, à Céret, on ne le fait pas par hasard.

C’est l’été, les platanes se penchent vers la rue comme des vieillards bienveillants, leurs feuilles frissonnantes cachant le ciel d’un vert profond. On les aime parce qu’ils sont là depuis toujours — plus anciens que la boulangerie du coin, plus solides que nos résolutions de janvier. Et ce lundi 24 août, on ne va pas juste les admirer… on va les dessiner. Ensemble.

Vincent Bioulès sera là. Pas en grand seigneur d’un musée, mais comme un voisin qui a oublié son chapeau sur la table du café et qui revient chercher sa boîte de crayons. Il n’a pas besoin de podium pour raconter l’art — il le fait avec ses mains, ses regards, ses silences.

On le connaît ici depuis longtemps. Pas comme une star, mais comme un ami discret qui vient souvent marcher entre les murs du musée et les ombres des arbres. Il a participé à la première exposition du groupe Supports/Surfaces en 1970 — ces artistes révolutionnaires qui ont démonté la peinture comme on démonte une horloge pour comprendre comment elle bat. Mais Vincent, lui, n’a jamais voulu faire de théorie un mur. Il a préféré en faire un pont.

Entre ses tableaux aux couleurs épurées, ses toiles tendues comme des draps au vent, il y a toujours cette idée : l’art n’est pas ce qu’on regarde… c’est ce qu’on fait avec ce qu’on voit. Et aujourd’hui, ce qu’on voit, c’est un platane.

On ne vient pas ici pour apprendre à dessiner « comme un pro ». On vient pour apprendre à regarder.

Parce que dessiner un arbre, ce n’est pas copier ses feuilles. C’est sentir comment la lumière glisse sur l’écorce, comment le vent le fait trembler sans qu’il bouge vraiment, comment il continue de vivre même quand personne ne le voit. Vincent sait ça. Il a passé des années à peindre les places de Céret — pas comme un décor, mais comme un personnage vivant. La Place des Neuf Jets, la place du marché… elles ont toutes une respiration.

Et ce lundi, c’est lui qui nous invite à respirer avec le platane.

Une main tenant un crayon noir, en train de tracer une ligne ondulée sur un carnet ouvert. Le papier est parsemé d’ombres et de traits légers, comme si l’arbre était déjà là, en esquisse. À côté, quelques pétales tombés d’un arbre voisin. L’ombre du dessinateur se projette doucement sur le sol, sans qu’on voie son visage.

Il ne dira pas grand-chose, je te le promets.

Mais quand il posera sa main sur ton épaule pour t’indiquer une ombre que tu n’avais pas vue, ou qu’il te tendra un crayon en disant « essaie avec ça », tu comprendras. Pas avec la tête — avec les doigts.

C’est comme ça qu’on transmet l’art à Céret : sans discours, sans fanfare. Juste une présence, un geste, et le silence qui suit.

Et puis, vers 17h, quand les ombres allongent et que les derniers crayons sont rangés… on reste encore un peu. On ne part pas tout de suite. Parce qu’on sait : ce n’était pas une rencontre avec un artiste.

C’était une invitation à redevenir enfant — devant un arbre, sans autre but que d’aimer ce qu’on voit.

Une vue en contre-plongée d’un platane majestueux, ses branches formant une voûte naturelle au-dessus d’une allée déserte. Des feuilles tombent lentement dans la lumière dorée du soir. Sur le trottoir, un seul crayon noir, posé comme une offrande.

Signe Paul Ferra

📍 Céret

© OpenStreetMap

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