Tu as déjà senti l’air d’une salle de musée s’alléger, comme si un souffle avait effacé le poids des années ? Ce lundi 24 août, à Céret, ce n’est pas une toile qui va parler — c’est toute une époque qui reprend vie, entre rires étouffés, cigares fumants et coups de pinceau partagés.
C’est l’histoire d’une amitié. Pas celle des portraits officiels, non — mais des lettres griffonnées à la hâte, des verres levés dans les cafés du Bateau-Lavoir, des conversations qui duraient jusqu’à ce que le jour se lève sur Montmartre… et que quelqu’un dise : « Et si on allait voir Picasso ? »
Liliane Meffre, germaniste de formation mais âme d’historienne de l’art, nous emmène dans les coulisses de cette époque où Max Jacob — poète, mystique, juif et rebelle — croisait la route des plus grands. Picasso, bien sûr, avec son regard qui déchirait les conventions. Braque, plus silencieux mais aussi radical. Kisling, peintre aux formes rondes comme des rires. Et ces galeristes, ces collectionneurs, ces écrivains oubliés par les manuels — tous réunis, un peu par hasard, beaucoup par passion.
Ce n’est pas une conférence comme les autres. Pas de diapositives ennuyeuses, pas de ton professoral. Ici, les images défilent comme des souvenirs d’album de famille : des lettres pliées en quatre, des croquis au dos d’enveloppes, des photos en noir et blanc où tout le monde semble avoir 20 ans… et l’air de s’amuser follement.
Je me souviens, il y a des années, avoir vu un vieil homme — peut-être un ancien professeur, ou un simple amateur — assis devant une toile de Kisling, les yeux fermés. Il ne disait rien. Mais son sourire… ah, ce sourire-là, on n’oublie pas. Il savait. Savait que l’art, parfois, c’est juste ça : un lien invisible entre deux âmes qui se sont croisées il y a cent ans, et qui, aujourd’hui encore, font vibrer le même silence.
Ce soir-là, après la conférence, on ne s’en va pas tout de suite. On reste. On échange. On partage une chaise, un café, une phrase entendue. Parce que Céret n’est pas seulement une ville où l’on vient voir des tableaux. C’est une ville où les tableaux nous parlent — et où, parfois, ils attendent qu’on leur réponde.
Et puis, il y a cette phrase de Max Jacob qu’on répète ici, entre les ruelles et les platanes :
« L’art n’est pas ce que l’on voit, c’est ce que l’on devient en le voyant. »
Alors, si vous avez un peu de temps ce lundi — même une heure — venez. Pas pour écouter. Pour réentendre. Réentendre les échos d’une jeunesse qui a osé tout dire avec des couleurs, des mots, et quelques verres de vin rouge.
Parce qu’ici, à Céret, l’art ne se visite pas. Il se partage.
Signe Paul Ferra
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