QUOI ? Projection du court-métrage documentaire La Guerre des Feux, réalisé par Kalimago et Docatimages en 2025, sur la tradition des feux de la Saint-Vincent à Collioure.
OÙ ? Salle des fêtes, place du Marché, Port-Vendres
QUAND ? Samedi 19 septembre 2026 à 20h30 — Entrée libre, assise sur bancs ou coussins apportés de soi
C’est pas un spectacle. C’est un souvenir qui revient en flammes.
À Collioure, jusqu’aux années soixante, les gamins passaient des semaines à ramasser du bois mort, des planches cassées, des caisses de vin vides — tout ce que la mer ou le vent avaient rejeté sur les plages. Ils construisaient des pyramides de feu plus hautes que leur père, avec des têtes de poisson séchées en guise de couronnes, et des chiffons rouges qu’ils appelaient « les draps du saint ». Le soir du 22 janvier, ils brûlaient tout. Pas pour faire peur. Pour dire : on est là. On existe.
Ce film ne montre pas des enfants qui jouent. Il montre des enfants qui résistent. À la pauvreté. À l’oubli. Au silence qu’on veut leur imposer en leur disant que c’est « du folklorique ».
Je me souviens de mon grand-père, les mains noires de suie, qui disait : « C’était pas un feu pour chauffer. C’était un feu pour se souvenir qu’on avait encore des bras. »
On ne parle plus de ça aujourd’hui. Les terrasses de Port-Vendres sont remplies de vins bio et d’iPad qui photographient les couchers de soleil. Mais au fond, on a tous un peu le même sang : celui des pêcheurs, des ouvriers du port, des gosses qui ont couru sous la nuit avec des flammes dans les mains.
Ce court métrage, tourné en 2025 par deux cinéastes locaux — Kalimago et Docatimages —, ne cherche pas à faire joli. Il ne montre pas de sourires. Il montre des silhouettes qui marchent vers la mer avec du bois sur l’épaule. Des mains calleuses qui disposent les bûches comme on pose une pierre dans un mur. Et puis, au moment où le feu prend — ce n’est plus un spectacle. C’est une prière.
Je ne suis pas là pour vous vendre la nostalgie. Je suis là parce que j’ai vu ce feu une fois, à huit ans, en 1963 — juste avant qu’on l’interdise « pour des raisons de sécurité ». J’étais sur le rocher du Fort Béar, avec mon père. Il n’a pas dit un mot. Il a juste posé sa main sur mon épaule quand la flamme a dépassé les arbres. On n’entendait plus que le vent et les cris des mouettes.
Aujourd’hui, il ne reste que ces images. Et ce film.
Il n’y aura pas de discours. Pas d’animateur. Juste l’écran, la lumière, et le silence qui suit. Comme à chaque fois qu’on se souvient de ceux qui ont brûlé pour être vus.
Venez. Apportez vos souvenirs. Ou venez simplement pour entendre le silence après la flamme.
Signe Paul Ferra
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