QUOI ? Chaque jeudi d’été, Port en Scène propose des spectacles gratuits d’arts de rue : théâtre, musique et cirque, dans une ambiance conviviale et ouverte à tous.
OÙ ? Plage du Port Vieux, Saint-Cyprien.
QUAND ? Jeudi 13 août 2026, à partir de 20h30.
Le port n’est plus un lieu de charge ni de départ. Il est devenu scène. Chaque jeudi d’été, les voiliers s’éteignent en douceur sous le soleil couchant, et c’est la vie qui revient — bruyante, colorée, humaine. Pas de billets. Pas de loges. Juste des chaises pliantes, des sacs de pain frais, et des regards levés vers les artistes qui prennent possession du quai comme s’il leur avait toujours appartenu.
Ici, on ne vient pas pour voir un spectacle. On vient pour vivre une soirée. Une famille avec deux enfants qui dégustent des glaces en attendant le début. Un vieux pêcheur assis sur son banc, les mains sur ses genoux, silencieux mais présent comme une pierre du quai. Des étudiants qui partagent une bouteille de rosé dans l’odeur du sel et du bois brûlé. Personne ne sait exactement ce que va donner la compagnie ce soir — cirque ? théâtre ? musique ? — mais ça n’a pas d’importance. Ce qu’on attend, c’est l’inattendu.
Le vent de Méditerranée passe entre les cordages des embarcations anciennes et souffle sur les costumes des artistes. Un acrobate s’élève au-dessus du mât d’un bateau retourné, comme un oiseau qui aurait oublié comment atterrir. Une trompette joue une mélodie de jazz sur un rythme de vagues. Le public ne bat pas des mains — il respire plus fort.
On oublie que Saint-Cyprien est une station balnéaire. Ici, au port, on ne voit pas les villas neuves ni les terrasses en bois. On voit la pierre grise des murs de l’église qui domine la place, le vieux phare rouillé à l’entrée du quai, et les filets de pêche séchés comme des os suspendus au vent. C’est ce lieu-là — simple, usé, vivant — que les artistes viennent habiter une nuit.
Il y a vingt ans, on se retrouvait ici avec un sac de fromage de chèvre et une bouteille d’eau. Aujourd’hui, c’est pareil. Juste les enfants plus nombreux, les smartphones en moins, et la musique qui monte plus haut que le bruit des moteurs.
Le temps ne passe plus ici. Il se dépose. Sur les épaules des musiciens qui jouent sans partition. Sur le visage du vieil homme qui sourit en silence. Sur les mains des enfants qui attrapent des étincelles de lumière quand un jongleur lance ses balles enflammées.
On ne vient pas pour être ébloui. On vient pour se souvenir que la culture, c’est pas une exposition. C’est ce qui reste après que tout le monde est parti. Ce qu’on emporte dans les plis du sac, dans l’odeur de sel sur les vêtements. Ce qu’on retrouve en fermant les yeux, au milieu d’un hiver froid.
Et chaque jeudi, on revient.
Signé Paul Ferra
💬 Commentaires
Soyez le premier à commenter !
Laisser un commentaire