Samedi 29 août 2026, la cour Lazerme à Perpignan accueille
Matière grise, une création intime de Thibaut Nogara Granier et de la compagnie Megaera. À l’ombre des platanes, entre les expositions consacrées à Joan Miró et Antoine Schneck, ce spectacle court propose une immersion dans les tensions d’une fratrie : David, ancré dans le monde des galeries, et Gabriel, qui s’enferme dans son atelier. C’est une pièce sur la création, ses silences et ses heurts, accessible à tous ceux qui aiment voir l’art se construire, ou se défaire.
J’ai souvent pensé que l’art, c’était la lumière. Mais ici, c’est la matière. C’est la texture du bois, le poids du silence, la sueur d’un geste qui hésite. En tant que chroniqueur qui arpente les ruelles de Perpignan depuis des années, je connais cette cour. Elle a cette odeur de pierre chaude et de thé fumant qui y règne en été. Voir
Matière grise s’y installer, c’est accepter que l’art ne soit pas toujours une performance monumentale, mais souvent une conversation à voix basse. C’est le genre de moment où l’on sent que la ville, avec ses marchés du dimanche et ses vignerons du Roussillon, respire un peu plus lentement.
La relation entre David et Gabriel est un miroir tendu. L’un regarde le monde par la vitrine, l’autre par la fente de la porte. C’est une dichotomie que nous connaissons tous, nous qui vivons entre la mer et les contreforts du Canigou. La création est un acte solitaire, mais elle se nourrit de l’autre. Thibaut Nogara Granier parvient à capturer cette électricité sans jamais tomber dans le pathos. C’est une pièce sensorielle, où chaque mot pèse son poids, où chaque regard dit ce que la voix ne peut pas.

Pourquoi cette version courte ? Parce que parfois, il faut laisser le temps au temps. Dans une ville comme Perpignan, où l’histoire catalane se mêle aux influences françaises, où les ruelles étroites obligent à marcher lentement, un spectacle de cette densité trouve sa place. Il n’y a pas besoin de plus. Il y a juste besoin d’être là, dans la cour, avec ses voisins, ses amis, ou simplement avec soi-même. C’est une invitation à ralentir, à observer, à sentir.
Si vous passez par Perpignan ce week-end, ne manquez pas cette occasion. Ce n’est pas qu’un spectacle, c’est une respiration. C’est la preuve que l’art, même dans sa forme la plus intime, peut ébranler les certitudes et révéler les nuances de notre quotidien.

J’y vais avec Pelut, mon berger des Pyrénées, qui a l’habitude de ces lieux calmes. Il sait que l’art, comme la vie, se déguste à petits pas. Et que parfois, la plus belle œuvre est celle qu’on ne voit pas, mais qu’on sent vibrer dans l’air.
Signe Paul Ferra
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