Mardi 6 octobre 2026, le Théâtre de l’Archipel à Perpignan accueille la création scénique de « Rien n’est su », le bouleversant texte de Sabine Garrigues, mis en scène par Audrey Bonnet.
Je ne vous cacherai pas que, lorsqu’on aborde la question du deuil, l’envie première est souvent de se taire. Mais ici, c’est tout l’inverse. Sabine Garrigues a écrit ce livre après la disparition de sa fille lors des attentats du Bataclan en 2015. Ce n’est pas une simple pièce de théâtre, c’est un acte de transmission. Audrey Bonnet a fait un choix radical : plutôt qu’une seule voix isolée, elle a confié ce texte choral à huit jeunes interprètes. Des jeunes qui, pour beaucoup, ont grandi avec cette marque dans leur mémoire collective. Ils deviennent les passeurs d’une parole maternelle, démultipliant l’absence pour en faire une présence collective.
Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont le langage opère ici. Ce n’est pas un récit linéaire, mais des vers libres, hantés par la sidération et la nécessité de survivre. La mise en scène d’Audrey Bonnet, soutenue par la scénographie d’Yves Godin, favorise une proximité presque intime avec le public. On sent que le théâtre devient ici un lieu de rassemblement, un endroit où la puissance du langage vient rompre la solitude. C’est une œuvre de résilience, où la musique de Dan Levy, avec ses vibrations et ses résonances intérieures, s’entrelace avec les mots pour créer un espace de mémoire vivante.
À Perpignan, où l’on sait combien les liens du voisinage et la transmission orale sont ancrés dans notre culture catalane, ce spectacle trouve un écho particulier. Il ne s’agit pas de se replier sur le drame, mais de le traverser. C’est une invitation à écouter, à se recueillir, et peut-être à comprendre que dire l’indicible est déjà une forme de guérison. Si vous cherchez un moment de profondeur artistique, loin des clichés, cette soirée au Théâtre de l’Archipel est une expérience humaine et théâtrale d’une rare justesse.
N’attendez pas que la saison se referme sur ce chapitre. Réservez votre place, et laissez-vous porter par cette polyphonie qui, au fond, nous concerne tous.
Signe Paul Ferra
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