jeudi 15 avril — Le Carré, Perpignan
L’idée reçue veut qu’il faille une robe de flamenca à trois cents euros et des doigts d’une agilité suspecte pour aborder cet art. C’est un contresens que Stéphanie Fuster vient défaire avec la précision d’un chirurgien et l’humour d’une amie qui vous raconte ses vacances au bar du port. Jeudi 15 avril, elle pose sa valise de danseuse formée à Séville sur les planches perpignanaises pour une conférence-performance où le corps parle avant que la voix ne prenne le relais.
Ce n’est pas un cours magistral figé dans l’académisme ni une démonstration technique froide. C’est, comme elle le dit avec cette belle franchise qui lui va si bien : « parler du flamenco… et puis danser ». Stéphanie décompose la bête pour mieux en montrer les tripes vibrantes. Elle nous explique comment la pulsation n’est pas juste un tempo, mais une respiration ; comment l’architecture corporelle tient debout non par rigidité, mais par tension interne. On y découvre que le flamenco est moins un code secret réservé aux initiés andalous qu’une langue vivante, parfois contradictoire, où les silences pèsent plus lourd que les pas battus sur la scène.
J’ai suivi Stéphanie dans ses écrits précédents, notamment cette réflexion sur Gradiva où elle interrogeait les fantasmes qui l’avaient poussée à cet art exigeant. Ici, au Carré, le ton est plus direct, plus tactile. Elle ne cherche pas à séduire par la virtuosité seule ; elle veut que vous compreniez pourquoi une main ouverte peut être aussi expressive qu’un cri. C’est un spectacle de transmission pure, où l’erreur fait partie du processus autant que la réussite.
Pour nous autres qui vivons entre les vignes du Roussillon et le bruit des vagues à Collioure, cette proposition a quelque chose d’une bouffée d’air frais. Elle rappelle que derrière chaque art « exotique » ou « traditionnel », il y a une histoire humaine, faite de détermination, de rires nerveux avant l'entrée en scène et de sueur qui sèche sur la nuque. Stéphanie Fuster ne vous vend pas un rêve andalou ; elle vous tend le fil pour que vous tissiez votre propre lecture du rythme.
Alors jeudi soir, laissez vos préjugés aux vestiaires. Venez écouter ce que le corps peut dire quand les mots manquent de souffle. C’est une invitation à ralentir l’oreille pour mieux entendre la pulsation du sol sous nos pieds, ici même, dans cette ville où l’on sait bien qu’il faut parfois marcher vite, mais jamais sans regarder où l’on pose ses semelles.
— Paul Ferra
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