Il n’y a pas d’annonce ici, pas de bandeau ni de son qui vous rappelle que vous êtes attendu. Juste le silence des salles, ce silence-là — celui qu’on ne choisit pas, mais qui vous choisit.
C’est là, entre les toiles de Matisse et les ombres des crayons de Miró, que Charles Pennequin et Camille Escudero vont lire. Pas pour faire du théâtre. Pas pour expliquer. Mais pour rappeler que les couleurs ont une voix. Que le rouge d’un champ de lavande peut murmurer un vers. Que le trait noir d’un dessin, parfois, est la trace d’une respiration arrêtée.
On ne vient pas ici pour écouter des mots. On vient pour sentir comment ils se posent sur les murs, comme la poussière sur les cadres oubliés. Les textes viennent de P.O.L — pas de poèmes en robe du soir, mais des phrases qui sentent le papier mouillé, l’encre séchée, et ce parfum d’huile de lin qu’on ne retrouve nulle part ailleurs que dans les ateliers de campagne.
Il y a un moment où l’on oublie que l’on marche. On suit la voix comme on suit une rivière souterraine — sans savoir où elle va, mais en sachant qu’elle mène quelque part d’important. Peut-être à soi. Ou à ce qu’on a laissé dans un coin de la mémoire, entre deux paires de chaussures et un vieux chapeau.
On ne sait pas encore ce qu’ils diront. Mais on connaît déjà le ton : doux, précis, sans emphase. Comme quand on vous raconte une histoire que vous avez oubliée, et qui pourtant vous habite.
Les cartels dans les salles invitent à danser. Pas avec des pas de ballet. Avec la manière dont votre regard s’arrête sur un bleu, ou se déplace d’un contour à l’autre, comme si le cadre était une frontière qu’on franchit en silence. Paula Comitre a conçu ces gestes-là — ceux que vous faites sans savoir que vous les faites.
Céret n’est pas une ville qui crie. Elle chuchote. Et ce lundi, elle va parler à voix basse, entre deux respirations.
Il n’y aura pas de foule. Peut-être dix personnes. Vingt, au plus. Chacune avec son histoire, son poids, sa mémoire de paysage. On ne vient pas ici pour voir des artistes. On vient parce qu’on a besoin de se souvenir que l’art n’est pas un objet. C’est une présence. Une voix qui attend dans les coins sombres, jusqu’à ce qu’on s’arrête.
Et puis, quand la lecture finira — car tout finit — on sortira sans applaudissements. On marchera vers la place du marché, où l’air sent encore le pain et la terre humide. Et là, peut-être, on regardera une pierre au sol, ou un nuage qui passe, et on se dira :
C’était ça.
On venait tous du paysage.
Signe Paul Ferra
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