Céret n’a jamais eu besoin de grand spectacle pour faire résonner ses mots. Ici, un silence bien placé vaut mieux qu’un feu d’artifice. Et ce lundi 24 août, c’est sous les platanes du square de la République que s’éleveront les lettres de Max Jacob — pas en chant, pas en théâtre, mais simplement, comme on lit un courrier à voix haute à l’heure du goûter.
La Cie Pas de Porte revient avec ce qu’elle fait mieux : écouter. Pas écouter pour répéter, mais pour faire vivre. Des extraits de correspondances inédites, des lettres à Picasso, à Apollinaire, à son père, à la lune — ces mots écrits en hâte, parfois en riant, souvent en pleurant, retrouvent leur souffle dans la bouche des comédiens. Pas de décor, pas de costumes : juste une chaise, un livre ouvert, et le vent qui joue avec les feuilles au-dessus de nos têtes.
C’est ce qu’on aime ici : l’art qui ne demande rien d’autre que notre présence. Pas de billet, pas de file, pas même besoin de savoir qui était Jacob. Tu arrives avec ton café froid, tu t’assieds sur le banc encore tiède du soleil de midi, et tu écoutes. Comme on écoute un voisin raconter une histoire qu’il a gardée trop longtemps.
On a tous croisé Max Jacob dans les musées de Céret — en photo noir et blanc, sous vitrine, avec son chapeau et son air sérieux. Mais ici, il n’est pas un « grand nom ». Il est l’homme qui écrivait des lettres à 3 heures du matin pour dire qu’il avait rêvé d’un canard qui parlait catalan. Il est celui qui demandait de l’aide pour payer sa facture de pain. Et c’est ce côté humain, presque banal, qui fait toute la magie.
La lecture ne dure pas longtemps — une demi-heure à peine — mais elle laisse une trace. Comme un parfum de tabac froid et de papier jauni qui persiste après que le dernier mot a été prononcé.
Il y a des jours où Céret semble dormir. Les rues vides, les boutiques fermées, les chats allongés sur les marches. Mais ce lundi-là, le silence n’est pas vide : il est plein de voix qui ne sont jamais vraiment parties.
Et quand la lecture s’achève, personne ne se lève tout de suite. On reste assis. On regarde les feuilles bouger. On attend que quelqu’un d’autre brise ce moment — mais personne n’en a envie.
Signe Paul Ferra
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