On l’appelle Exposition diverse. Comme si on avait oublié le titre. Comme si on n’avait plus la force de résumer ce que Perpignan a mangé, bu, craché et rêvé depuis janvier.
C’est pas une exposition. C’est un tas de choses posées là, comme les valises d’un voyageur qui s’est endormi sur le quai et n’a jamais repris son chemin. Des objets de l’atelier de Palma, des éclats de céramique roussillonnaise, une affiche de festival en papier kraft déchirée par le vent d’été, un vieux miroir de salle de bain où quelqu’un a griffonné « Je reviendrai » en 1987.
On ne sait pas qui l’a montée. Ni pourquoi. Peut-être que c’est juste une façon de dire : ici, on n’oublie rien. Même les choses sans valeur. Même les souvenirs qui sentent le moisi.
Dans un coin, un vieux manuel d’école de 1962 ouvert sur la page des "Cultures du Roussillon". On y lit : « Le maïs se plante après la Saint-Jean ». En dessous, quelqu’un a ajouté au crayon gris : « Sauf cette année-là. Il gelait encore en juin. On a planté les pommes de terre à la place. »
Il y a aussi une photo de l’ancien marché aux puces de la place Castillet, prise en 1992. Pas de vendeurs en vue. Juste un chien qui dort sur un tas de livres. Un livre ouvert. L’Étranger de Camus. La page où Meursault dit : « Aujourd’hui, maman est morte. »
Personne ne l’a mise là pour faire joli.
Elle est là parce qu’un jour, quelqu’un a ramassé ce livre, l’a posé sur un étal, et puis il a oublié de le reprendre.
Et maintenant, il est dans une exposition. Comme tout le reste.
On ne vient pas ici pour comprendre. On vient pour se souvenir qu’on a déjà été là — même si on ne sait plus quand, ni pourquoi.
Signe Paul Ferra
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