Tu as déjà entendu une toile souffler ?
Pas le bruit du vent dans les platanes de la place de la République — non. Celui-là, c’est celui que fait une peinture quand elle se réveille après cinquante ans à dormir sous un châssis oublié. C’est ce son-là qu’on va entendre lundi matin, dans la pénombre d’une salle où les seules lumières sont celles du projecteur… et celles que Claude Viallat a laissées couler sur ses toiles.
Guy Lochard ne filme pas un peintre. Il filme une machine à couleur, un alchimiste qui, depuis les années 60, a transformé le simple geste de poser une forme répétée en une révolution silencieuse. Pas de pinceaux en feu, pas d’émotions à l’emporte-pièce — juste des taches, des empreintes, des motifs qui dansent comme des vagues sur un mur de plage. Et pourtant… ça bouge. Ça chuchote. Ça crie.
On l’a vu à Nîmes, au Sémaphore — la salle a vibré. Les raseteurs ont applaudi plus fort que pour un tour de piste. Parce que Viallat, c’est aussi ça : un homme qui a grandi dans les manades du Languedoc, qui sait ce que c’est que de courir après un taureau… et qui a choisi de le peindre sans jamais l’attraper.
Ici, à Céret, où les murs des galeries ont déjà absorbé les coups de pinceau de Miró, de Masson, de Dali — Viallat arrive comme une onde de choc en silence. Pas de théâtre. Pas d’éclat. Juste la puissance du répété, du même mais autre. Une forme qui revient. Comme un refrain. Comme une respiration.
Et puis il y a ce détail qui fait tout : cette exposition en parallèle à La Capitainerie, Retours en boucles – Taureau / Forme. Des œuvres de jeunesse. Des esquisses. Des tâtonnements. Des essais où le taureau n’est pas encore un motif, mais une présence sauvage qui rôde dans l’ombre du papier. On sent qu’il va bientôt s’échapper.
Ce n’est pas un documentaire. C’est un road movie en 16 mm, où la route est faite de tissus tendus, de couleurs débordantes et d’un homme qui a décidé que l’art ne devait plus porter de cadre — ni physique, ni mental.
Alors viens. Assieds-toi. Ne parle pas trop fort. Et laisse le film te dire ce que les toiles n’ont jamais osé avouer : qu’on peut tout réinventer… en recommençant la même chose, cent fois, avec amour.
Signe Paul Ferra
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