Laroque-des-Albères : Les pierres parlent à l’automne
Le samedi 19 septembre 2026, les portes du château de Laroque-des-Albères s'ouvriront au public pour les Journées européennes du patrimoine. À cette date précise, le village perchera ses secrets sous un ciel d'orée d'hiver déjà avancé. L'accès est gratuit, invitant chacun à gravir la pente qui mène aux vestiges des comtes d'Empúries.
Comme je vous l'écrivais plus haut, cette commune domine les toits rouges avec une fierté discrète. Ici, à 1245 mètres d'altitude, l'air porte déjà ces notes de garrigue sèche et de bois brûlé qui précèdent le froid. Le château n'est pas qu'un monument ; c'est un point de repère visuel dans ce paysage méditerranéen en mutation.
Mémoires croisées : Manel, les Seigneurs et l'encre noire
Cette édition 2026 ne se contente pas d'ouvrir des murs. Elle tisse une trame narrative reliant le passé rural à la création contemporaine. Le programme s'ancre dans trois pôles distincts de la mémoire locale.
* Les racines pastorales : Une attention particulière est portée à Manel, berger des Albères et figure emblématique du terroir. Son histoire rappelle les vies simples qui ont façonné ces pentes avant l'industrialisation touristique.
* La noblesse féodale : Les Seigneurs de Laroque ne sont pas oubliés.
On y retrouve aussi le ruisseau d’en haut et la trace du Four à verre, témoins muets des industries d'autrefois qui tiraient parti du charbon de bois local.
* L'héritage culturel : Le lien avec Peralada est fort. L'exposition sur Pierre Soulages, « Maître du Noir », offre un contraste saisissant entre la matière brute du château et l'abstraction lumineuse du peintre catalan.
Jordi Pere Cerdà, poète rebelle, habite aussi ces lieux par sa plume acérée. Sa présence en filigrane invite à lire le paysage non comme un décor, mais comme un texte ouvert aux révoltes et aux silences. La bibliothèque du Château de Peralada prête ici une partie de son âme littéraire.
En marchant : Du prieuré au comptoir moderne
Au-delà des visites guidées ou libres, Laroque offre la possibilité d'une immersion physique dans le territoire. Le parcours peut s'étendre jusqu'au prieuré Sainte-Marie-du-Vilar, où l'on entend encore le souffle du vent sur les pierres anciennes. La « Retirada », cette marche forcée de 1939, laisse aussi des traces invisibles mais palpables sous nos pas.
La journée se termine souvent par une pause nécessaire. Le Comptoir Rocatin accueille la foule avec ses nouvelles mains dirigeantes, Laurie Blanchin et Indiana Quings. C'est là que l'on partage un verre de vin du Roussillon en observant les toits s'emplir d'une lumière orangée.
Un rendez-vous pour le temps long
Ces journées ne cherchent pas à divertir rapidement. Elles invitent à ralentir, à toucher la pierre froide et à écouter ce que raconte l'histoire locale sans filtre institutionnel lourd. Pour ceux qui aiment les petites choses du terroir, c'est une occasion de retrouver des racines parfois enfouies sous le bitume moderne.
La montée vers le château reste un acte physique. Elle permet de comprendre pourquoi nos ancêtres ont choisi ce sommet pour se protéger et voir venir l'ennemi ou la saison. En redescendant, les jambes lourdes mais l'esprit clair, on garde en tête que le patrimoine n'est pas figé ; il respire avec ceux qui le visitent.
Signe Paul Ferra
Infos pratiques
- Date : samedi 19 septembre 2026
- Lieu : château
- Tarif : Gratuit
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