Tu sais ce qu’il y a de plus beau, à la fin d’un été qui s’épuise doucement ? Ce n’est pas le dernier glaçon dans ton verre, ni même le dernier éclat de rire sur la plage. C’est le moment où tu prends une feuille, un crayon, et que tu essaies de retenir ce qui t’a fait du bien — juste avant qu’il ne s’envole.
Ce mercredi 19 août, au cœur du parc Guilhem, on ne va pas seulement dessiner. On va récupérer l’été. Avec des lignes tremblées, des traits trop longs, des couleurs qui débordent — comme les souvenirs qu’on n’a pas su nommer.
Alice Lapeyre sera là, bien sûr. Pas pour enseigner la perspective ni corriger les proportions. Non. Elle vient avec ses carnets remplis de traces de vent, de sable collé aux pages, et cette façon unique de dire : « Ce qui compte, c’est que ton crayon ait eu envie de bouger. » Elle ne demande pas des chefs-d’œuvre. Elle demande des moments.
Tu veux dessiner le chêne qui te fait ombre depuis l’enfance ? Fais-le. Tu veux capturer la forme du banc où tu lisais tes livres en t’imaginant marin ? Allez-y. Tu n’as jamais touché un crayon de couleur depuis le CM2 ? Parfait. Ce sera ta première œuvre d’art sincère.
On aura des feuilles épaisses, des pastels gras qui sentent bon la terre après la pluie, des fusains qui laissent une trace comme un soupir. Et si tu oublies ton carnet, pas de panique : on en a plein, aux couleurs de l’été — jaune citron, bleu lavande, rouge pêche.
Ce n’est pas un atelier. C’est un rituel.
Un peu comme ces vieilles traditions qui ne se transmettent plus par les livres, mais par les doigts : comment tenir son crayon pour que la main se souvienne avant que l’esprit ne rattrape le coup. Comment tracer une ligne sans penser à ce qu’elle représente — juste pour sentir le papier grincer, comme un cri étouffé.
Et puis, quand les ombres s’allongent et que les derniers enfants partent en courant vers leur maison, on laisse les carnets sur la table. Chacun son tour. Personne ne les regarde. Personne ne les juge. Mais tout le monde sait : ce qu’on a dessiné là, sous l’ombre des platanes, c’est ce que l’été n’a pas pu emporter.
Tu ne seras pas seul. Même si tu viens seul.
Parce que dans ce parc, à cette heure-là, tout le monde est un peu perdu — mais en paix. On dessine pour se souvenir qu’on a vécu. Qu’on a ri. Que la chaleur nous a brûlé les épaules, et que c’était bon.
Et si tu repars avec seulement une feuille tachée de couleur, un doigt noir de fusain, et l’envie d’en refaire demain… Alors, mon ami(e), tu as déjà gagné.
— Signe Paul Ferra
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