Les bougies s'allument sans préavis
Vendredi 11 décembre 2026, à dix-neuf heures précises, les premières bougies s’allument sur la pierre de la Place Armand Lanoux. Personne n’a demandé aux gens de venir. Aucune affiche ne pendait au mur du Palais des congrès. Pas même un flyer glissé sous une porte.
Pourtant, à l’heure dite, ils sont venus — silencieux, les mains vides mais le cœur chargé. Des anciens en manteau de laine, des étudiants aux chaussures usées, des familles avec un enfant serré contre la cuisse. Tous ont apporté leur lumière.
Les instruments au sol
Les musiciens ne jouent pas en haut sur scène. Ils sont au sol, à genoux près des bougies, leurs instruments posés comme des outils de mémoire : violoncelle, guitare acoustique, piano d’ébène. Pas de projecteurs. Seulement la lumière tremblante qui danse sur les visages, et cette voix — celle qu’on connaît par cœur mais que l’on n’entend plus depuis longtemps.
Le silence comme mémoire
On ne chante pas. On écoute.
Et quand la mélodie de Je te donne s’échappe — douce, presque timide — une femme âgée ferme les yeux. Elle respire lentement. Comme si elle retrouvait l’odeur du vin tiède d’un dimanche à Céret, ou le vent qui glisse entre les maisons de Bourneille.
La dernière bougie
Il n’y a pas eu de discours. Pas même un mot prononcé par la foule. Mais dans cette lumière vacillante, chacun sait : ce soir-là, Perpignan ne fait pas que rendre hommage à un chanteur.
Elle rend hommage aux silences qu’il avait su remplir.
On dit que les vraies mémoires ne s’écrivent pas. Elles se tissent dans l’air d’un soir froid, entre deux respirations.
Et quand la dernière bougie s’est éteinte — sans bruit, comme un soupir — personne n’a bougé. Personne n’a voulu rompre ce moment où le temps semblait avoir oublié sa course.
— Paul Ferra
Infos pratiques
- Date : vendredi 11 décembre 2026
- Lieu : Palais des congrès de Perpignan, Place Armand Lanoux
- Tarif : Gratuit
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