Broie du noir, pas du blanc : l’atelier où les enfants apprennent à parler avec des doigts

📍 Céret 📅 24/08/2026 Culture
Broie du noir, pas du blanc : l’atelier où les enfants apprennent à parler avec des doigts
En bref
📅 Date 24 août 2026
🕐 Horaires 10:30 - 12:00
🏘️ Commune Céret

Un atelier où le silence des toiles devient un chant

Tu as déjà vu un enfant de huit ans, les doigts maculés d’encre de noix, regarder une toile de Soulages comme s’il venait de découvrir la première étoile ?

Ici, à Céret, on ne regarde pas l’art. On le sent.
On le respire. On le gratte, on le mélange, on le renverse par accident — et c’est là que tout devient magique.

Ce lundi 24 août, les petits mains de 6 à 12 ans vont plonger dans l’univers sombre et lumineux de Pierre Soulages. Pas pour copier. Pas pour reproduire.
Mais pour comprendre ce que signifie vraiment faire du noir une couleur — pas un manque, mais une présence.

Dans les salles du musée, on commence par regarder. Juste ça.
Pas de fiches, pas de questions piégées. Seulement le silence, et cette œuvre où le noir semble bouger, vibrer, respirer comme un animal endormi sous la lumière.

Et puis… on descend à l’atelier.

On va préparer nos propres noirs — pas ceux du tube, non.
Des noirs qui sentent la forêt, le feuilleté des écorces, le goût de la terre après la pluie. Du brou de noix, du charbon de bois pilé, du vin rouge évaporé… Des recettes de grand-mère, transmises par les artistes, pour faire une couleur qui n’a pas de nom dans les catalogues.

Et puis, on laisse courir le pinceau.
On dépose des gouttes comme des larmes d’obsidienne. On gratte avec un cure-dent. On étale à la spatule comme si on recouvrait une cicatrice.
Chaque geste devient une histoire.
Et chaque toile, un journal intime en noir et blanc.

Enfants penchés sur des toiles de papier épais, leurs mains couvertes de pigments sombres, certains sourient en regardant leur œuvre, d’autres se concentrent comme des alchimistes. Une étagère derrière eux porte des bocaux de poudres colorées : charbon, noix, café moulu, thé noir. Un pinceau tombe doucement sur le sol, encore humide.

Je te dis ça parce que j’ai vu une petite fille, l’an dernier, revenir avec son œuvre cachée sous son pull. Elle ne voulait pas qu’on la voie.
Puis elle a dit : « Il est plus noir que les ombres de mon lit. »

Et on a tous compris.

Parce que Soulages n’a jamais peint pour plaire.
Il a peint pour dire ce qu’il ne pouvait pas parler.
Et aujourd’hui, les enfants de Céret apprennent à faire pareil — sans mots, avec des doigts, du temps et un peu de bruit.

On n’apprend pas l’art ici.
On y retrouve une langue oubliée : celle qui parle quand on ose laisser tomber les règles.

Détail d’un coin d’atelier où des toiles sèchent sur un fil, toutes différentes — certaines avec de larges plages noires, d’autres parsemées de taches blanches comme des étoiles. Une paire de chaussettes en laine trempée dans du brou de noix pend à une chaise. Un pot de confiture vide réutilisé en pichet contient encore un fond de pigment.

Alors, si tu as un enfant qui aime les silences trop gros pour être vides…
Si tu as un petit curieux qui déteste les couleurs « toutes faites »…

Viens.
On broie ensemble.
On attend que le noir parle.
Et on laisse la lumière entrer, par effraction.

— Signe Paul Ferra

📍 Céret

© OpenStreetMap

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