Il y a des gestes qui résistent au temps. Celui de Michel Desmier, par exemple, qui a passé des heures à recréer, sur bois, la chair des sculptures du prieuré de Serrabona. Ce n'est pas une copie, c'est une conversation. En peignant à la détrempe médiévale, il réveille les couleurs qui ont peut-être existé il y a mille ans, celles que le calcaire a fini par avaler.
À Boule-d'Amont, où la rivière Boulès murmure sous les pierres, cette exposition n'est pas qu'une vitrine. C'est une immersion. Les reproductions sont projetées sur les murs de la nef, transformant l'architecture en toile de fond vivante. On y croise les photographies de Desmier, ces chapiteaux de Catalogne romane qui semblent encore respirer. Le dialogue entre l'image fixe et la projection est étrangement fluide, comme si la pierre se liquéfiait pour mieux nous parler.
J'ai souvent pensé que les petits villages de Cerdagne et des Aspres gardaient un secret : celui de la patience. Serrabona, fondé au XIe siècle, en est la preuve. Ses marbres, ses bestiaires fantastiques, tout cela demande du temps pour être compris. En projetant ces œuvres sur les murs, l'artiste nous offre une clé de lecture sensorielle. On n'est plus devant un objet, on est dans l'objet.
C'est une expérience qui se vit lentement. Pas de frénésie, pas de file d'attente. Juste la lumière, la pierre, et cette étrange sensation que le passé n'est pas mort, mais simplement en veille. C'est le genre de moment où l'on comprend que l'art, ici, n'est pas une décoration, mais une mémoire partagée.
Si vous passez par là, prenez le temps de regarder ces détails. De sentir l'air un peu plus frais dans la nef. Et si Pelut, mon compagnon de route, était là, il aurait probablement posé sa tête sur le banc de pierre, les yeux mi-clos, comme s'il écoutait les échos de ces siècles passés.
L'histoire ne se lit pas toujours dans les livres. Parfois, elle se peint, se projette, se ressent. Et à Serrabona, elle vous regarde en retour.
Signe Paul Ferra
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